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Pour une histoire impossible du cinéma, chapitre 2

24 mai 2026

J'étais curieux de voir le film de Jerzy Skolimowski, Eo, sorti en 2022, dont le héros est un âne. Arte l'ayant diffusé récemment et mon frère me l'ayant téléchargé et envoyé, j'ai pu le regarder. Skolimowski était déjà célèbre dans les années 60, au temps de la Pologne communiste, pour des films comme Rysopis (Signe particulier : néant, que je vous recommande pour sa vitalité), Walkover (vu à sa sortie en 1965-66 dans un cinéma du Quartier Latin ; je me souviens que l'énergie physique du film et la perpétuelle « bougeotte » du cinéaste/interprète m'avaient plus lassé que convaincu), et La Barrière. Sa carrière a été en dents de scie. J'en retiens Travail au noir, sur des travailleurs polonais clandestins à Londres en 1982 : que d'humour et de réalité concrète, de brio dans cette histoire dont l'acteur britannique Jeremy Irons est la vedette !

A chacun son opinion. Devant notre écran plat, je n'ai pas été « pris » par le film Eo, mais je concède qu'en salle, je l'aurais peut-être, qui sait, aimé. ...

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Une histoire impossible du cinéma, chapitre 1

17 mai 2026

On peut ne pas aimer le film de l'espagnol Jaime Rosales Morlaix – c'est le cas de beaucoup de critiques français, consultés sur AlloCiné -, on peut aussi, comme moi, avoir été au contraire touché au cœur par ce film, qui ne nous fait voir que très peu de temps la merveilleuse Mélanie Thierry (ci-dessus), mais cela fait sens qu'elle ne soit là que vers la fin. Il s'agit d'amour, de l'idéal qu'on s'en forme dans sa jeunesse, et j'aime bien que Jean-Dominique Nuttens, dans sa notule pour le mensuel Positif, donnant un avis qu'il présente comme à contre-courant du reste de sa rédaction, utilise, à propos de son propre rapport à ce film, le verbe « chérir ». Il faut oser.

Morlaix semble employer des moyens compliqués pour raconter son histoire d'amour : changements de formats de l'image, d'aspect, de vitesse (il y a parfois de l'image fixe, parfois des accélérés fugaces), passage de la couleur au noir-et-blanc ou l'inverse.... En plus, il y a par deux fois un « film dans le film », ce pourquoi certains ont parlé d'afféterie, d'artificialité. A cause du nombre important de scènes où des jeunes gens de Morlaix discutent sur les sentiments, on a évoqué aussi Rohmer, la Nouvelle Vague, Jean Eustache, etc... Rien à voir, à mon avis. ...

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LIGNES DE FUITE TEMPORELLE, chapitre 5 sur ... ?

19 avril 2026

Aussi connu en son temps que le lion de la MGM (qui est souvent une lionne), que la montagne de Paramount, que la dame de la Columbia tenant son flambeau, que le couple de travailleurs de la Mosfilm – dont une belle femme aux seins nus - brandissant leurs outils, que  les rayons lumineux de la 20th Century Fox balayant le ciel nocturne, que la planète Terre des films Universal ou encore, pour le Français né en 1947 que je suis, que le mystérieux emblème chatoyant et ondulant de Cocinor, le sonneur de gong de la Rank Organisation, une firme anglaise, que l'on voit ci-dessus, a souvent précédé le générique de films que j'ai vus enfant et adolescent et contribué à ritualiser – et donc à embellir - les séances de projection. Aujourd'hui, les films étant souvent des co-productions internationales et inter-régionales, ce sont souvent plusieurs logos qui s'enchaînent avant que l’œuvre ne commence, ce qui assure un précieux sas entre le temps distrait et inattentif de l'installation du public (ah, ces gens qui continuent de consulter leur téléphone mobile!), et sa concentration sur le « grand film » de la séance.

Pour le concert de musique instrumentale, l'arrivée des musiciens qui gazouillent, s'accordent, la mise en place des instruments, éventuellement l'entrée applaudie du chef d'orchestre, constituent tout naturellement ce sas, et magnifient le moment particulier où la musique va débuter.  Ce n'est pas si différent pour les récitals de chansons, les concerts de rock et de jazz. ...

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