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Pour une histoire possible du cinéma, et incertaine de la musique concrète, chapitre 7 et à suivre

5 juillet 2026

Qu'est-ce qui attend ce jeune homme, dans une scène que je ne révèlerai pas pour vous en laisser la surprise, au début d'un film que j'ai déjà cité parmi les plus grands à mes yeux, La Foule/The Crowd, 1928, réalisé par King Vidor qui l'a co-écrit avec John V. A. Weaver ? Disons seulement qu'il s'agira pour ce garçon, en grandissant, de réaliser ou de décevoir les projections parentales (celles de son père, ici) qui l'ont accueilli à sa naissance. Un sujet capital pour tout le monde, et en même temps rarement traité aussi directement.

Et le cinéma a de multiples rapports avec la projection : dès le début, le film se projetait sur des toiles, des surfaces, des écrans, et en même temps, surtout lorsqu'il a incorporé (assez vite), le gros plan, il s'est mis à jouer de nos projections sur les visages et les corps qu'il offrait à notre regard : je m'identifie, ou bien, tel le donateur dans une parabole de l'Evangile, celui qui se glorifie de n'être pas comme les autres et d'être plus généreux qu'eux, je me contre-identifie. ...

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Pour une histoire impossible du cinéma, chapitre 6

21 juin 2026

Ici, Alexandre Ekdahl (Bertil Guve), fils d'un acteur, joue avec son théâtre de marionnettes dans Fanny et Alexandre, 1982-83, le grandiose et bouleversant téléfilm en quatre parties (film?, série?) de Bergman, qui fut la dernière réalisation du cinéaste avec de gros moyens. Le metteur en scène suédois devait plus tard réaliser des œuvres « de chambre », parfois tournées en vidéo. Plusieurs ont été montrées à la télévision, mais toutes n'ont pas fait l'objet d'une distribution en salle. Une partie d'entre eux sont visibles sur Youtube, sur « The Bergman Channel », en suédois avec ou sans des sous-titres anglais.

Le principe d'un film en plusieurs épisodes est vieux comme le cinéma lui-même, qui l'a abandonné ensuite. Dans mon enfance, toutefois, certains films longs passaient encore en deux « époques », à une semaine de distance. C'est ainsi qu'à Creil, en 1958, j'ai vu au cinéma Eden Les Misérables dans la version de Jean-Paul Le Chanois en deux séances distinctes. Jean Gabin y incarnait Jean Valjean, et, même si j'ai vu depuis d'autres adaptations, je ne peux pas lire le roman sans visualiser le héros sous les traits de Gabin, ou Thénardier avec les traits et la voix de Bourvil (remarquable dans ce rôle pour une fois antipathique), ou encore Javert avec ceux de Bernard Blier. ...

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Pour une histoire impossible du cinéma, chapitre 5

14 juin 2026

En 1989, l'année où a été réalisé le clip de Manchild, le ratio 4/3 n'était pas encore devenu arty, comme dans certains films d'auteurs actuels, dont quelques-uns sont d'ailleurs remarquables. C'était le ratio normal pour les vidéo-clips destinés à passer sur des écrans de télévision, principalement sur des chaînes spécialisées comme MTV ; la chaîne française M6 en diffusait également à certaines heures. Le soir, pendant les années 80, je regardais souvent chez moi ces vidéo-clips, dont certains continuent de m'émerveiller lorsque je les retrouve sur Youtube.

Ainsi, ce Manchild, sur une belle chanson de Neneh Cherry (ici à droite), réalisé par Jean-Baptiste Mondino. Ce dernier a eu plusieurs idées de génie, comme celle de faire tanguer la caméra... alors que tout est filmé (puis rassemblé par incrustation) en apparence depuis une (virtuelle) caméra fixe, posée sur une paisible plage de sable fin. Du coup, les bords-cadre s'en trouvent valorisés, et je dirais presque érotisés. Ainsi, au début du clip, la chanteuse qu'on entend n'est pas encore dans le champ, elle fait peu après son entrée par la droite, avec un bébé dans les bras. A d'autres moments, une branche de cerisier avec deux cerises appétissantes – allusion certainement au nom d'artiste de la chanteuse suédoise, qui est celui de son beau-père, le grand trompettiste de jazz Don Cherry - apparaît dans le haut du cadre à gauche, ou plutôt c'est l'oscillation pendulaire qui semble la faire entrer dans le champ. Durant une partie du clip, une petite fille se balance derrière Neneh Cherry, sur une balançoire suspendue... au ciel, en tout cas hors du bord-cadre supérieur. Une autre fois, une paire de mains surgit en très gros plan par les côtés pour scander la mesure. Etc. C'est ce que j'appelle l'utilisation du bord-cadre comme « corne d'abondance » : tout semble pouvoir surgir de cette coulisse universelle du cadre. Ingmar Bergman s'en est souvent servi dans ses films, pour des effets de magie mais aussi de terreur : ainsi en 1975 dans son film-opéra sur La Flûte enchantée de Shikaneder/Mozart, mais aussi en 1977 dans L'Œuf du serpent. Il y a là-dedans, au-delà de ce que racontent les paroles (qui s'adressent à un homme en situation d'abandon), un plaisir ...

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