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LIGNES DE FUITE TEMPORELLES, chapitre 2 sur 4
29 mars 2026
Une comète, je n'en ai jamais vu à l’œil nu, et n'en verrai certainement jamais autrement qu'en film ou en photo. Ce que je sais c'est que la comète, après avoir été considérée comme annonce d'une fin des temps (comme celle de 1811 aux yeux de Pierre dans Guerre et Paix de Tolstoï) est devenue l'image de ce qui revient à son heure, fidèlement et absurdement. Absurdement et fidèlement. Car autant les planètes et leurs trajectoires ont inspiré à la fois la religion, la philosophie, la théorie musicale, la poésie et la science, autant la course excentrée d'une comète a l'air de venir nous narguer et de déranger l'ordre céleste. Il a fallu tout de même des esprits curieux, pour poser des questions telles que : ces trois comètes apparues à des dates différentes dans l'histoire, n'en seraient-elles pas une seule ? Et ne peut-on calculer son retour ? La plus célèbre de celles-ci est sans doute la comète de Halley, qui devrait à nouveau être visible de la Terre en 2061, après l'avoir été en 1986 (mais non, sauf erreur, de notre hémisphère Nord). Dans sa Légende des siècles, Victor Hugo, consacra un poème, célébration de la science et de la connaissance, à la gloire d'Edmond Halley (1656-1742), qui ne vit pas le retour qu'il avait prédit.
76 ans de révolution elliptique, ce n'est rien du tout à l'échelle cosmique ; d'autres phénomènes sont logiquement attendus dans un délai beaucoup plus lointain, comme l'extinction de notre soleil. Mais celle-ci, de manière non-intuitive, devrait s'accompagner d'une montée progressive de la chaleur qu'il nous enverra, montée qui rendra cette chaleur nuisible à la vie à partir d'une échéance qu'on peut situer environ à... disons 500 millions d'années. D'ici là (car je me pose ce genre de questions), je pense, en tout cas j'espère que l'humanité, ou une partie des humains auront pu quitter le berceau de notre planète, et même de notre système solaire, et continueront. J'ai vu et lu assez de science-fiction pour rêver que la vie, avec les conditions qui la rendent possible, on peut la transporter où on veut quand on est une espèce comme la nôtre. Certains trouveront risible ce genre de spéculation sur un avenir très lointain, pas moi. ...
LIGNES DE FUITE TEMPORELLES, chapitre 1 sur 4
22 mars 2026
Plus c'est écrit gros, moins c'est lu. Une remarque dont je ne cesse de redécouvrir la justesse, à propos de mes publications. Alors que dès 1990, j'ai créé, pour en faire le titre d'un nouveau livre que Michel Marie est parvenu à faire éditer (ci-dessus, l'image de couverture de sa 6e édition remise à jour, et récemment parue) le terme d'audio-vision, je continue d'être étiqueté par beaucoup comme un « spécialiste » du son. Et le mot « vision », alors ? Garderez-vous toujours sur lui les yeux « largement fermés », pour citer un autre titre, celui du dernier film de Kubrick, sur lequel justement j'ai écrit ?
« Audio-vision » veut dire en effet qu'il ne s'agit pas seulement du son, mais de deux perceptions au moins, que le cinéma combine, en associant non seulement leurs différences irréductibles, mais aussi ce qu'elles ont en commun. Entre autres, la possibilité qu'elles offrent toutes deux de nous mettre en état – ou non – d'anticiper, par ce que j'ai baptisé des lignes de fuite temporelles : un personnage marche en direction de la caméra (quand la rattrapera-t'il ? Ou quand un changement de plan évitera-t-il la collision ? ») ; quelqu'un prononce une phrase qui se déroule (quelle en sera la conclusion ?); une silhouette au loin traverse l'écran du cinémascope (aura-t-elle le temps d'aller à l'autre bord-cadre ?) ; la caméra pivote et explore un lieu, un paysage (qu'allons-nous découvrir, qui était déjà là ?); une musique déploie sa mélodie déjà connue et donc dont la fin peut être anticipée, etc... Tout cela croisant ou non les attentes que crée l'histoire racontée, ses péripéties, ses surprises. Ces lignes de fuite temporelles, semi-conscientes pour l'audio-spectateur qui n'en ressent pas moins l'effet, tantôt n'appartiennent qu'à ce que nous voyons, tantôt qu'à ce qui s'entend, ou bien, l'une passant par nos yeux et l'autre par nos oreilles, elles se croisent, s'ignorent, se renforcent, etc. Et quand sur l’écran, un véhicule se rapproche de nous et que le son qu'il fait grossit en même temps qu'il grandit dans le champ visuel, les lignes ne sont pas forcément parallèles. L'une est plus violemment affirmée que l'autre (par exemple dans la séquence d'ouverture du film de Bresson Un condamné à mort s'est échappé, lorsque la voiture qui conduit le résistant prisonnier doit freiner pour éviter un tramway arrivant en face). J'ai des centaines, que dis-je des milliers d'exemples de ces combinaisons dans les séquences de films ou de vidéos que je montre en exemple à des étudiants, élèves d'écoles de cinéma, ou des participants à nos formations Acoulogia. ...
LA CRÉATION DES SONS POUR LA MUSIQUE CONCRÈTE, une problématisation, chapitre 7
18 janvier 2026
Cette image est tirée d'une vidéo tournée en 2012 par Rodrio Maia Sacic, à qui je montrais les techniques personnelles que j'emploie en studio avec les magnétophones à bande ; ici, j'illustre concrètement un des exemples de défilement contrarié, comme je l'appelle, décrit plus loin en IV/e ….. Dans cette démonstration, une bande magnétique défile à partir du magnétophone 1, passe sur la tête de lecture de ce magnétophone, avant de repasser sur les têtes du magnétophone 2 à sa droite (de sorte que le même son est lu deux fois avec un décalage de temps variable, pour un effet de canon) et de se réembobiner sur le magnéto 1 (il faut bien sûr un appareil enregistreur supplémentaire, qu'il s'agisse d'un magnétophone à bande libre ou numérique, d'un enregistreur DAT, d'un graveur de CD, etc...). Il est alors possible d'influer avec sa main sur le déroulement de la bande devant les têtes du magnéto 2 – un effet largement utilisé par moi dans mes Vingt-quatre préludes à la vie (voir le blog du 8 janvier 2023). Ce tournage a eu lieu au studio 116C du Groupe de Recherches Musicales, où je travaillais à ma Deuxième symphonie (voir L'Histoire de mes musiques concrètes, du 19 février 2023), et, je ne le savais pas encore, c'était la dernière fois que je composais – avec quel plaisir - dans un studio professionnel.
Ceci pour introduire un texte ancien ci-dessous, que j'ai promis de republier, et qui est forcément daté. Il a été écrit en 2004, pour paraître en plusieurs fois dans la revue Revue & Corrigée, dont s'occupait alors encore mon ami Jérôme Noetinger, puis revu et corrigé en 2006. J'en reproduis l'essentiel, et rajouterai seulement à la fin quelques considérations dictées par les vingt ans écoulés depuis. ...