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ONOMANIE, la série de la rentrée, chapitre 4
October 18, 2026
J'ai vu coup sur coup, et dans cet ordre, Notre salut, réalisé par Emmanuel Marre, avec Swann Arlaud dans le rôle principal, et Digger, réalisé par Alfredo Gonzalez Inarritu, avec Tom Cruise (ci-dessus) en vedette. Le premier, qui rencontre un grand succès public et critique, en France en tout cas, ne m'a pas plu. Le second, qui serait d'ores-et-déjà un « flop » économique malgré la présence de la plus grande star mondiale (grimée, grossie, parfois méconnaissable), m'a beaucoup plu. Le point commun : l'histoire qui y est racontée y dépasse le destin individuel des protagonistes, elle est planétaire. Les différences ? Les voici, en tout cas celles qui font sens pour moi.
Dans son film bien français - français en ceci qu'il a beaucoup de mal à situer les questions de classe, et d'autre part à montrer sérieusement la question du travail- , Emmanuel Marre nous apprend que son arrière-grand-père Henri Marre (dont il garde le nom tel quel dans son film, celui dont il a hérité), né vers 1890, a travaillé pour le régime de Vichy, où il est arrivé au moment de la débâcle de 1940, que cet Henri Marre a publié à l'époque un livre intitulé Notre salut (titre qui devient celui du film), et dans ce travail, participé sans états d'âmes à l'organisation de déportations de juifs, entre autres. Tout cela notamment, croyons-nous comprendre d'après le film, pour regagner l'estime de son épouse qui lui en voudrait d'avoir dilapidé en affaires miteuses sa fortune à elle. ...
ONOMANIE, la série de la rentrée, chapitre 3
September 20, 2026
Vous vous souvenez de la photo de la semaine dernière, avec la marque de vêtements French ? En fait, je parlais déjà dans mon tout premier blog du 7 septembre 2014 (merci Geoffroy de m'y avoir poussé), de ce qu'elle emblématise avec son N en miroir. Sur ce sujet, je n'ai pas changé. Douze ans plus tard, je déteste toujours ce jeu avec l'écriture et avec l'imprononçable, ce côté faussement rebelle, en même temps que je vois bien sa justification commerciale : privatiser les mots, s'accaparer ce qu'on appelle en français les noms communs, les adjectifs qualificatifs. J'applique la même réticence aux titres de films, comme le Seven de Fincher que certains trouvent très chic d'écrire sous sa forme logo : Se7en, mais que je préfère écrire seulement en six lettres.
Je disais donc, il y a une semaine, que le titre de mon Acoulogon a été créé (à partir d'acoulogie, un néologisme de Pierre Schaeffer) comme un nom propre, en même que comme un emblème tel que les auteurs ou les films, peuvent en créer. Acoulogon, cela peut être arboré. Le Nautilus de Jules Verne dans Vingt mille lieues sous les mers, le Pequod d'Herman Melville dans Moby Dick, le Karaboudjan et le Pachacamac d'Hergé dans Le Crabe aux pinces d'or et Le Temple du soleil, ce sont des noms de bateaux mythiques que des écrivains (Hergé en est un pour moi, en même temps qu'un conteur et un dessinateur de génie) ont fait vivre. Swift est grand non seulement parce qu'il a fait voyager Gulliver, mais aussi parce qu'il a inventé les pays de Lilliput, Brobdingnag, Laputa (l'ile volante), qui inspira un de beaux films à Hayao Miyazaki. Hergé a aussi enrichi notre mappemonde de deux noms de pays voisins et ennemis, la Syldavie et la Bordurie. Si je n'aime pas cette pratique actuelle de récupérer les noms de personnages réels, Marylin Monroe, Roland Barthes, Philip K. Dick, pour leur inventer une biographie, leur prêter des pensées, imaginaires, qui sont souvent des projections agressives, je salue le génie d'inventer des noms de fiction : Edmond Dantès (remis à la mode par un film que je n'ai pas vu), de Dumas, Arsène Lupin, de Maurice Leblanc, Madame de, de Louise de Vilmorin, Christine Daaé de Gaston Leroux dans Le Fantôme de l'opéra, les Verdurin et le Swann de Proust, évidemment Hugo, évidemment Jules Verne, évidemment Duras, même Thomas Mann avec ses noms bizarres (Adrian Leverkühn, Hans Castorp), qui curieusement exaspèrent un autre grand écrivain, Peter Handke. ...