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LIGNES DE FUITE TEMPORELLE, chapitre 4 sur ... ?
12 avril 2026
« Récemment, avec des amis, on jouait à choisir son nom symbolique, son nom... un peu comme dans les westerns Œil-de-faucon ou Taureau-assis, alors moi, spontanément il m'est venu à l'esprit, pour qu'on m'appelle autrement que par mon nom, « L'Homme sans présent ». Je pensais sans doute à un film de Kaurismäki qui s'appelle L'Homme sans passé, moi je suis l'homme sans présent, c'est-à-dire que l'injonction de vivre dans le présent, d'être présent dans le présent, si je puis dire, le B-A-BA de l'épicurisme, je ne connais pas. Mais je peux y atteindre, je peux me donner le sentiment d'y atteindre, par des déroulements temporels, des constructions qui font qu'à un certain stade, je me sens content de l'instant présent. Il y a un moment d'une de mes œuvres que j'aime particulièrement, c'est un moment de L'Isle Sonante qui intervient plus d'une heure après le début et où l'action a cessé, c'est-à-dire un enchaînement d'épisodes de navigation. Dans cet épisode-là, on entend lire par la voix calme et régulière de Florence, ma nièce Florence, un Journal de bord : « 23 mars, il fait beau, 24 mars, toujours beau temps », et derrière ça se déroulent des sons que j'ai créés avec différentes sources, avec des synthétiseurs, des magnétophones, des cris noyés dans la réverbération, et je me rappelle qu'à la création (en 1998) de la première version de l'Isle sonante, cet épisode était déjà là, j'étais parfaitement heureux, et je sentais le présent se dérouler harmonieusement, et j'y étais, voilà. »
Tels sont les propos que j'ai tenus le 22 mars 2023, vers 10h50 du matin, devant la caméra de Régis, sur la terrasse de l'appartement que nous occupions à la Résidence Vallorcine-Mont-Blanc, avec comme fond le massif des Aiguilles Rouges - des Aiguilles qui même lorsqu'elles ne sont pas enneigées ne sont jamais rouges. Nous, c'est-à-dire la petite équipe de tournage que je m'amusais à appeler « l'équipe Cousteau », constituée de Régis Lacaze, Joële Jeffredo, Anne-Marie et moi. Nous étions retournés à Vallorcine pour tourner des scènes complémentaires en vue du film sur lequel je travaillais déjà depuis 2 ans - et que j'espère terminer sous peu - sur mes musiques concrètes. Des scènes constituées tantôt de monologues, tantôt d'images d'eaux qui s'écoulent, de nuages disparaissant derrière les crêtes, ou d'arbres qu'agite le vent, ou encore de nacelles de télécabines sur lesquelles sont superposées des extraits de ces musiques. ...
LIGNES DE FUITE TEMPORELLE, chapitre 3 sur 4
5 avril 2026
Au fait, pourquoi ai-je éprouvé le besoin de revenir sur ces lignes de fuite temporelles, telles que je les ai baptisées ?
D'abord parce que nous avons donné récemment une formation Acoulogia consacrée à l'observation sonore et musicale, et que repérer les possibilités d'anticipation que nous donnent les sons, et en particulier les musiques, en faisait partie. J'y ai parlé entre autres de la carrure, à savoir la répartition, dans beaucoup de musiques classiques mais aussi populaires, des mesures par groupes de 4, se terminant par des « repos » ou des « cadences ». Une carrure que beaucoup d'auditeurs ressentent, même s'ils n'ont pas de formation musicale, et qui structure leur écoute. ...
LIGNES DE FUITE TEMPORELLES, chapitre 2 sur 4
29 mars 2026
Une comète, je n'en ai jamais vu à l’œil nu, et n'en verrai certainement jamais autrement qu'en film ou en photo. Ce que je sais c'est que la comète, après avoir été considérée comme annonce d'une fin des temps (comme celle de 1811 aux yeux de Pierre dans Guerre et Paix de Tolstoï) est devenue l'image de ce qui revient à son heure, fidèlement et absurdement. Absurdement et fidèlement. Car autant les planètes et leurs trajectoires ont inspiré à la fois la religion, la philosophie, la théorie musicale, la poésie et la science, autant la course excentrée d'une comète a l'air de venir nous narguer et de déranger l'ordre céleste. Il a fallu tout de même des esprits curieux, pour poser des questions telles que : ces trois comètes apparues à des dates différentes dans l'histoire, n'en seraient-elles pas une seule ? Et ne peut-on calculer son retour ? La plus célèbre de celles-ci est sans doute la comète de Halley, qui devrait à nouveau être visible de la Terre en 2061, après l'avoir été en 1986 (mais non, sauf erreur, de notre hémisphère Nord). Dans sa Légende des siècles, Victor Hugo, consacra un poème, célébration de la science et de la connaissance, à la gloire d'Edmond Halley (1656-1742), qui ne vit pas le retour qu'il avait prédit.
76 ans de révolution elliptique, ce n'est rien du tout à l'échelle cosmique ; d'autres phénomènes sont logiquement attendus dans un délai beaucoup plus lointain, comme l'extinction de notre soleil. Mais celle-ci, de manière non-intuitive, devrait s'accompagner d'une montée progressive de la chaleur qu'il nous enverra, montée qui rendra cette chaleur nuisible à la vie à partir d'une échéance qu'on peut situer environ à... disons 500 millions d'années. D'ici là (car je me pose ce genre de questions), je pense, en tout cas j'espère que l'humanité, ou une partie des humains auront pu quitter le berceau de notre planète, et même de notre système solaire, et continueront. J'ai vu et lu assez de science-fiction pour rêver que la vie, avec les conditions qui la rendent possible, on peut la transporter où on veut quand on est une espèce comme la nôtre. Certains trouveront risible ce genre de spéculation sur un avenir très lointain, pas moi. ...