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Pour une histoire impossible du cinéma, chapitre 3

31 mai 2026

À cause de deux ou trois scènes comme celle-ci, La vallée de Gwangi, réalisé en 1969 par Jim O'Connolly, reste un de mes films de dinosaures préférés. Le point de départ de l’histoire : dans une vallée perdue du Mexique, à la fin du XIXe siècle, des cow-boys retrouvent des créatures qu'on croyait disparues, et ils ramènent, entre autres, un dinosaure gigantesque pour l'exhiber dans un cirque (comme dans le premier King Kong). Évidemment, le dinosaure s'échappe. Tuck, l'un des cow-boys (James Franciscus) réussit à l'enfermer dans l'église du village, ce qui est un bel oxymoron : la tradition chrétienne ne laisse en effet aucune place à des créatures comme celle-ci ni à l'évolution des espèces. Tuck essaie vainement d'affronter la bête avec une lance. Aucun espoir de la vaincre ; mais voici qu'en reculant, il s'assied inopinément sur le clavier de l'orgue, ce qui déclenche un « cluster » (paquet de notes agglomérées, comme quand on frappe le clavier d'un piano avec l'avant-bras) impressionnant. Ce son, qui éveille les échos de l'église, décontenance la créature, dont finalement Tuck parvient à crever l'oeil. Il a le temps de fuir avec d'autres personnages et de boucler l'édifice après avoir renversé une torche. L'église brûle, plus complètement que n'a brûlé Notre-Dame de Paris, avec la bête hurlante enfermée à l'intérieur.

Cela fait une fin poétique et ingénieuse : la victoire sur la créature est une conjonction de ténacité, de hasard, et de logique des lieux : comme dans Le Rideau déchiré de Hitchcock, quand il s'agit de tuer un des méchants sans utiliser d'arme bruyante, dans une cuisine, et que la seule solution est de lui mettre la tête dans un fourneau de cuisine en ouvrant le gaz. Ici, le grondement anarchique et involontaire de l'orgue provoqué par la reculade de James Franciscus apporte du réel. J'aime bien des idées comme celles-là (il y en a d'autres dans ce film), elles créent le sentiment du concret. ...

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Pour une histoire impossible du cinéma, chapitre 2

24 mai 2026

J'étais curieux de voir le film de Jerzy Skolimowski, Eo, sorti en 2022, dont le héros est un âne. Arte l'ayant diffusé récemment et mon frère me l'ayant téléchargé et envoyé, j'ai pu le regarder. Skolimowski était déjà célèbre dans les années 60, au temps de la Pologne communiste, pour des films comme Rysopis (Signe particulier : néant, que je recommande pour sa vitalité), Walkover (vu à sa sortie en 1965-66 dans un cinéma du Quartier Latin ; je me souviens que l'énergie physique du film et la perpétuelle « bougeotte » du cinéaste/interprète m'avaient plus lassé que convaincu), et La Barrière. Sa carrière a été en dents de scie. J'en retiens Travail au noir, sur des travailleurs polonais clandestins à Londres en 1982 : que d'humour et de réalité concrète, de brio dans cette histoire dont l'acteur britannique Jeremy Irons est la vedette !

Les conditions de la réception ne sont pas sans influencer. A domicile, devant notre écran plat, de grande taille tout de même, et nos deux bons haut-parleurs, je n'ai pas été « pris » par le film Eo, mais je concède qu'en salle, je l'aurais peut-être, qui sait, aimé. ...

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Pour une histoire impossible du cinéma, chapitre 1

17 mai 2026

On peut ne pas aimer le film de l'espagnol Jaime Rosales Morlaix – c'est le cas de beaucoup de critiques français, consultés sur AlloCiné -, on peut aussi, comme moi, avoir été au contraire touché au cœur par ce film, qui ne nous fait voir que très peu de temps la merveilleuse Mélanie Thierry (ci-dessus), mais cela fait sens qu'elle ne soit là que vers la fin. Il s'agit d'amour, de l'idéal qu'on s'en forme dans sa jeunesse, et j'aime bien que Jean-Dominique Nuttens, dans sa notule pour le mensuel Positif, donnant un avis qu'il présente comme à contre-courant du reste de sa rédaction, utilise, à propos de son propre rapport à ce film, le verbe « chérir ». Il faut oser.

Morlaix semble employer des moyens compliqués pour raconter son histoire d'amour : changements de formats de l'image, d'aspect, de vitesse (il y a parfois de l'image fixe, parfois des accélérés fugaces), passage de la couleur au noir-et-blanc ou l'inverse.... En plus, il y a par deux fois un « film dans le film », ce pourquoi certains ont parlé d'afféterie, d'artificialité. A cause du nombre important de scènes où des jeunes gens de Morlaix discutent sur les sentiments, on a évoqué aussi Rohmer, la Nouvelle Vague, Jean Eustache, etc... Rien à voir, à mon avis. ...

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