News
LA CRÉATION DES SONS POUR LA MUSIQUE CONCRÈTE, une problématisation, chapitre 5
4 janvier 2026
Cette photo - posée pour le photographe, dont je n'ai malheureusement plus le nom - date de 1974. Cette année-là, j'étais encore membre du Groupe de Recherches Musicales de l'ORTF, c'est ainsi qu'il s'appelait fièrement (c'est mieux, je trouve, que de s'appeler aujourd'hui, bizarrement, INA-GRM), et ce dernier était encore hébergé dans le cadre magique du Centre Bourdan à Paris, siège d'un phalanstère créé par Schaeffer sous le nom de Service de la Recherche, au milieu d'un parc du XVIe arrondissement. On m'y voit devant cet ensemble d'oscillateurs, de filtres, de systèmes de connections baptisé ultérieurement « synthétiseur Coupigny », et que le GRM n'avait pas encore légué, comme un objet mort, à quelque Musée de la Musique où je n'ai pas envie d'aller le voir dans sa cage ou plutôt dans son tombeau. En 1974, il m'avait déjà servi pour trois œuvres, la suite Blanche
(éditée par Brocoli dans le disque Musiques concrètes 1970-71), le mélodrame Le Prisonnier du Son, 1972, et le Requiem (ce dernier récemment réédité par Motus en couplage avec Laudes). Dans ces trois cas, je ne perdais pas de temps à programmer un branchement, d'autant que je n'en disposais que dans des temps très limités (le courant, au Centre Bourdan, était rituellement coupé à 22h30) ; je cherchais très vite en manipulant boutons, câbles et autres accès, et j'enregistrais ce qui venait et ce qui me plaisait : accords, rugissements, plaintes, grondements. ...
LA CRÉATION DES SONS POUR LA MUSIQUE CONCRÈTE, une problématisation, chapitre 4
21 décembre 2025
Photographié – probablement par mon frère Jacques – dans les années 60, lorsque notre mère avait quitté Nogent-sur-Oise pour Vaucresson, voici le piano droit hérité de ses parents qu'elle avait installé dans le séjour de son nouvel appartement de la rue des Fonds Huguenots. Un piano dont elle ne jouait jamais, et avec lequel elle me permettait de faire ce que je voulais dans la journée, lorsque je rentrais de mes études de lettres à l'Université de Nanterre, ou de mes classes d'harmonie et de contrepoint au Conservatoire de Versailles, et qu'elle était à son travail ou de sortie. C'est de ce Pleyel ancien (il y avait deux supports pour y placer des chandelles) que j'ai tiré tant de sons qui, je ne m'en doutais pas à l'époque, allaient me servir pendant cinquante ans et plus, le plus souvent incognito - on ne reconnaît pas toujours du piano, et quand on le reconnaît, le timbre n'est jamais le même - dans mes œuvres de musique concrète. J'insérais entre les cordes verticales des objets, du carton, du métal, je grattais ces cordes, je les pinçais. Ou bien je transformais l'instrument en échantillonneur acoustique, frappant sur les touches du clavier pour déclencher des sons différents, ou bien encore j'utilisais simplement les cordes, libérées de leur étouffoir, comme caisse de résonance pour des cris, des déclamations. Je créais aussi toutes sortes de petits morceaux mélodiques à la manière de Bartok, Satie ou Prokofiev, et bien sûr qui n'étaient même pas notés, parce que je préférais les enregistrer sur le champ, avant de modifier la préparation. Et parfois, c'étaient juste des sons isolés, des percussions, des crissements, des événements sonores divers. Certains de ces tournages sonores étaient enregistrés à faible vitesse, 9,5 cm par secondes, voire deux fois moins, pour souligner le « pleurage » du magnétophone, ce qui leur apportait une expressivité particulière.
A l'époque, je connaissais bien sûr la pratique inventée par John Cage du prepared piano, comme disait le compositeur américain, et je parlais moi-même pour mes productions de piano préparé, mais je n'écrivais pas, contrairement à Cage, des partitions. Je faisais des « tournages sonores » plus ou moins réitérés, conservés sur bande magnétique – tout comme Pierre Henry dans les débuts de la musique concrète. Pas question de jouer et de tenter de reproduire en public ces morceaux ou ces sons. ...
LA CRÉATION DES SONS POUR LA MUSIQUE CONCRÈTE, une problématisation, chapitre 3
14 décembre 2025
Bénie soit la personne – je ne sais plus qui – à qui je dois d'avoir cette photo d'une répétition en plein air durant l'été 1971, quand je faisais partie de l'ensemble vocal Musique Nouvelle, que Stéphane Caillat avait fondé pour créer ou reprendre des œuvres contemporaines. Car cette image, où on me voit à droite, garde trace de moments heureux. Dans ce cas-là, il s'agissait d'une musique de scène composée par Guy Reibel et exécutée par nous en direct, tout au long d'un spectacle d'Emile Noël tiré d'Edgar Poe, sous le titre Cantate Extraordinaire. Le comédien Jean-Pierre Jorris en était l'acteur presque unique, et le fameux percussionniste Jean-Pierre Drouet était aussi de la partie. Ce spectacle devait être créé là-même où nous répétions, en plein air, dans le beau théâtre antique de Vaisons-la-Romaine où a été prise cette photo. Nous l'avons donné trois fois, si je me souviens bien. Les répétitions nous laissaient le temps d'aller voir nous-même dans la région d'autres spectacles ou concerts ; parmi ceux-ci, une exécution aux Chorégies d'Orange – dans un autre théâtre antique - , du Requiem de Verdi dirigé par Carlo Maria Giulini. Une soirée qui m'a beaucoup marqué, et suggéré un an plus tard de faire dans un registre dramatique et théâtral mon propre Requiem, celui-ci avec les moyens de de la musique concrète. Cet été 1971, je me préparais moi-même à rentrer au Groupe de Recherches Musicales de l'ORTF, comme membre et non plus comme stagiaire, en même temps que mes amis Roger Cochini et Robert Cahen.
Dans mon blog du 10 juillet 2022, j'ai déjà évoqué cette période et le rôle qu'a joué pour moi la pratique de la musique chorale et de l’ensemble vocal, ce qui m'a beaucoup aidé à me « décoincer » la voix et à lever d'éventuelles inhibitions. Et dans le blog précédent du 3 juillet, j'ai déjà parlé de mes amusements vocaux avec Jean-Pierre Colas, et d'autres amis. ...