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LIGNES DE FUITE TEMPORELLES, chapitre 1 sur 4

March 22, 2026

Plus c'est écrit gros, moins c'est lu. Une remarque dont je ne cesse de redécouvrir la justesse, à propos de mes publications. Alors que dès 1990, j'ai créé, pour en faire le titre d'un nouveau livre que Michel Marie est parvenu à faire éditer (ci-dessus, l'image de couverture de sa 6e édition remise à jour, et récemment parue) le terme d'audio-vision, je continue d'être étiqueté par beaucoup comme un « spécialiste » du son. Et le mot « vision », alors ? Garderez-vous toujours sur lui les yeux « largement fermés », pour citer un autre titre, celui du dernier film de Kubrick, sur lequel justement j'ai écrit ?

« Audio-vision » veut dire en effet qu'il ne s'agit pas seulement du son, mais de deux perceptions au moins, que le cinéma combine, en associant non seulement leurs différences irréductibles, mais aussi ce qu'elles ont en commun. Entre autres, la possibilité qu'elles offrent toutes deux de nous mettre en état – ou non – d'anticiper, par ce que j'ai baptisé des lignes de fuite temporelles : un personnage marche en direction de la caméra (quand la rattrapera-t'il ? Ou quand un changement de plan évitera-t-il la collision ? ») ; quelqu'un prononce une phrase qui se déroule (quelle en sera la conclusion ?); une silhouette au loin traverse l'écran du cinémascope (aura-t-elle le temps d'aller à l'autre bord-cadre ?) ; la caméra pivote et explore un lieu, un paysage (qu'allons-nous découvrir, qui était déjà là ?); une musique déploie sa mélodie déjà connue et donc dont la fin peut être anticipée, etc...  Tout cela croisant ou non les attentes que crée l'histoire racontée, ses péripéties, ses surprises. Ces lignes de fuite temporelles, semi-conscientes pour l'audio-spectateur qui n'en ressent pas moins l'effet, tantôt n'appartiennent qu'à ce que nous voyons, tantôt qu'à ce qui s'entend, ou bien, l'une passant par nos yeux et l'autre par nos oreilles, elles se croisent, s'ignorent, se renforcent, etc. Et quand sur l’écran, un véhicule se rapproche de nous et que le son qu'il fait grossit en même temps qu'il grandit dans le champ visuel, les lignes ne sont pas forcément parallèles. L'une est plus violemment affirmée que l'autre (par exemple dans la séquence d'ouverture du film de Bresson Un condamné à mort s'est échappé, lorsque la voiture qui conduit le résistant prisonnier doit freiner pour éviter un tramway arrivant en face). J'ai des centaines, que dis-je des milliers d'exemples de ces combinaisons dans les séquences de films ou de vidéos que je montre en exemple à des étudiants, élèves d'écoles de cinéma, ou des participants à nos formations Acoulogia. ...

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FORMATIONS ACOULOGIA EN FÉVRIER ET MARS 2026 : L'OBSERVATION AU SERVICE DE LA CRÉATION

 

MICHEL CHION propose deux week-ends

de formation : l'un consacré à l'observation audiovisuelle (28 ...

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LA CRÉATION DES SONS POUR LA MUSIQUE CONCRÈTE, une problématisation, chapitre 7

January 18, 2026

Cette image est tirée d'une vidéo tournée en 2012 par Rodrio Maia Sacic, à qui je montrais les techniques personnelles que j'emploie en studio avec les magnétophones à bande ; ici,  j'illustre concrètement un des exemples de défilement contrarié, comme je l'appelle, décrit plus loin en IV/e ….. Dans cette démonstration, une bande magnétique défile à partir du magnétophone 1, passe sur la tête de lecture de ce magnétophone, avant de repasser sur les têtes du magnétophone 2 à sa droite (de sorte que le même son est lu deux fois avec un décalage de temps variable, pour un effet de canon) et de se réembobiner sur le magnéto 1 (il faut bien sûr un appareil enregistreur supplémentaire, qu'il s'agisse d'un magnétophone à bande libre ou numérique, d'un enregistreur DAT, d'un graveur de CD, etc...). Il est alors possible d'influer avec sa main sur le déroulement de la bande devant les têtes du magnéto 2 – un effet largement utilisé par moi dans mes Vingt-quatre préludes à la vie (voir le blog du 8 janvier 2023). Ce tournage a eu lieu au studio 116C du Groupe de Recherches Musicales, où je travaillais à ma Deuxième symphonie (voir L'Histoire de mes musiques concrètes, du 19 février 2023), et, je ne le savais pas encore, c'était la dernière fois que je composais – avec quel plaisir -  dans un studio professionnel.

Ceci pour introduire un texte ancien ci-dessous, que j'ai promis de republier, et qui est forcément daté. Il a été écrit en 2004, pour paraître en plusieurs fois dans la revue Revue & Corrigée, dont s'occupait alors encore mon ami Jérôme Noetinger, puis revu et corrigé en 2006. J'en reproduis l'essentiel, et rajouterai seulement à la fin quelques considérations dictées par les vingt ans écoulés depuis. ...

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