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Une histoire impossible du cinéma, chapitre 1

17 mai 2026

On peut ne pas aimer le film de l'espagnol Jaime Rosales Morlaix – c'est le cas de beaucoup de critiques français, consultés sur AlloCiné -, on peut aussi, comme moi, avoir été au contraire touché au cœur par ce film, qui ne nous fait voir que très peu de temps la merveilleuse Mélanie Thierry (ci-dessus), mais cela fait sens qu'elle ne soit là que vers la fin. Il s'agit d'amour, de l'idéal qu'on s'en forme dans sa jeunesse, et j'aime bien que Jean-Dominique Nuttens, dans sa notule pour le mensuel Positif, donnant un avis qu'il présente comme à contre-courant du reste de sa rédaction, utilise, à propos de son propre rapport à ce film, le verbe « chérir ». Il faut oser.

Morlaix semble employer des moyens compliqués pour raconter son histoire d'amour : changements de formats de l'image, d'aspect, de vitesse (il y a parfois de l'image fixe, parfois des accélérés fugaces), passage de la couleur au noir-et-blanc ou l'inverse.... En plus, il y a par deux fois un « film dans le film », ce pourquoi certains ont parlé d'afféterie, d'artificialité. A cause du nombre important de scènes où des jeunes gens de Morlaix discutent sur les sentiments, on a évoqué aussi Rohmer, la Nouvelle Vague, Jean Eustache, etc... Rien à voir, à mon avis. ...

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LIGNES DE FUITE TEMPORELLE, chapitre 5 sur ... ?

19 avril 2026

Aussi connu en son temps que le lion de la MGM (qui est souvent une lionne), que la montagne de Paramount, que la dame de la Columbia tenant son flambeau, que le couple de travailleurs de la Mosfilm – dont une belle femme aux seins nus - brandissant leurs outils, que  les rayons lumineux de la 20th Century Fox balayant le ciel nocturne, que la planète Terre des films Universal ou encore, pour le Français né en 1947 que je suis, que le mystérieux emblème chatoyant et ondulant de Cocinor, le sonneur de gong de la Rank Organisation, une firme anglaise, que l'on voit ci-dessus, a souvent précédé le générique de films que j'ai vus enfant et adolescent et contribué à ritualiser – et donc à embellir - les séances de projection. Aujourd'hui, les films étant souvent des co-productions internationales et inter-régionales, ce sont souvent plusieurs logos qui s'enchaînent avant que l’œuvre ne commence, ce qui assure un précieux sas entre le temps distrait et inattentif de l'installation du public (ah, ces gens qui continuent de consulter leur téléphone mobile!), et sa concentration sur le « grand film » de la séance.

Pour le concert de musique instrumentale, l'arrivée des musiciens qui gazouillent, s'accordent, la mise en place des instruments, éventuellement l'entrée applaudie du chef d'orchestre, constituent tout naturellement ce sas, et magnifient le moment particulier où la musique va débuter.  Ce n'est pas si différent pour les récitals de chansons, les concerts de rock et de jazz. ...

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LIGNES DE FUITE TEMPORELLE, chapitre 4 sur ... ?

12 avril 2026

« Récemment, avec des amis, on jouait à choisir son nom symbolique, son nom... un peu comme dans les westerns Œil-de-faucon ou Taureau-assis, alors moi, spontanément il m'est venu à l'esprit, pour qu'on m'appelle autrement que par mon nom, « L'Homme sans présent ». Je pensais sans doute à un film de Kaurismäki qui s'appelle L'Homme sans passé, moi je suis l'homme sans présent, c'est-à-dire que l'injonction de vivre dans le présent, d'être présent dans le présent, si je puis dire, le B-A-BA de l'épicurisme, je ne connais pas. Mais je peux y atteindre, je peux me donner le sentiment d'y atteindre,  par des déroulements temporels, des constructions qui font qu'à un certain stade, je me sens content de l'instant présent. Il y a un moment d'une de mes œuvres que j'aime particulièrement, c'est un moment de L'Isle Sonante qui intervient plus d'une heure après le début et où l'action a cessé, c'est-à-dire un enchaînement d'épisodes de navigation. Dans cet épisode-là, on entend lire par la voix calme et régulière de Florence, ma nièce Florence, un Journal de bord : « 23 mars, il fait beau, 24 mars, toujours beau temps », et derrière ça se déroulent des sons que j'ai créés avec différentes sources, avec des synthétiseurs, des magnétophones, des cris noyés dans la réverbération, et je me rappelle qu'à la création (en 1998) de la première version de l'Isle sonante, cet épisode était déjà là, j'étais parfaitement heureux, et je sentais le présent se dérouler harmonieusement, et j'y étais, voilà. »

Tels sont les propos que j'ai tenus le 22 mars 2023, vers 10h50 du matin, devant la caméra de Régis, sur la terrasse de l'appartement que nous occupions à la Résidence Vallorcine-Mont-Blanc, avec comme fond le massif des Aiguilles Rouges - des Aiguilles qui même lorsqu'elles ne sont pas enneigées ne sont jamais rouges. Nous, c'est-à-dire la petite équipe de tournage que je m'amusais à appeler « l'équipe Cousteau », constituée de Régis Lacaze, Joële Jeffredo, Anne-Marie et moi. Nous étions retournés à Vallorcine pour tourner des scènes complémentaires en vue du film sur lequel je travaillais déjà depuis 2 ans - et que j'espère terminer sous peu - sur mes musiques concrètes. Des scènes constituées tantôt de monologues, tantôt d'images d'eaux qui s'écoulent, de nuages disparaissant derrière les crêtes, ou d'arbres qu'agite le vent, ou encore de nacelles de télécabines sur lesquelles sont superposées des extraits de ces musiques. ...

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