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Pour une histoire impossible du cinéma, chapitre 6
21 juin 2026
Ici, Alexandre Ekdahl (Bertil Guve), fils d'un acteur, joue avec son théâtre de marionnettes dans Fanny och Alexander, 1982-83, le célèbre et magnifique téléfilm en quatre parties (film, série?) de Bergman, qui fut la dernière réalisation du cinéaste avec de gros moyens. Le metteur en scène suédois devait plus tard réaliser des œuvres « de chambre », parfois tournées en vidéo. Plusieurs ont été montrées à la télévision, mais toutes n'ont pas fait l'objet d'une distribution en salle. Sauf erreur, en France, si on a pu voir Saraband au cinéma, Les Bienheureux n'y a pas été distribué. Une partie d'entre eux sont visibles sur Youtube, sur « The Bergman Channel », en suédois avec ou sans des sous-titres anglais.
Le principe d'un film en plusieurs épisodes est vieux comme le cinéma lui-même, qui l'a abandonné ensuite. Dans mon enfance, toutefois, certains films longs passaient encore en deux « époques », à une semaine de distance. C'est ainsi qu'à Creil, en 1958, j'ai vu au cinéma Eden Les Misérables dans la version de Jean-Paul Le Chanois en deux séances distinctes. Jean Gabin y incarnait Jean Valjean, et, même si j'ai vu depuis d'autres adaptations au cinéma, je ne peux pas lire le roman sans visualiser le héros sous les traits de Gabin, ou Thénardier avec les traits et la voix de Bourvil (remarquable dans ce rôle pour une fois antipathique), ou encore Javert avec ceux de Bernard Blier. Le casting était en effet le point fort de cette version. ...
Pour une histoire impossible du cinéma, chapitre 5
14 juin 2026
En 1989, l'année où a été réalisé le clip de Manchild, le ratio 4/3 n'était pas encore devenu arty, comme dans certains films d'auteurs actuels, dont quelques-uns sont d'ailleurs remarquables. C'était le ratio normal pour les vidéo-clips destinés à passer sur des écrans de télévision, principalement sur des chaînes spécialisées comme MTV ; la chaîne française M6 en diffusait également à certaines heures. Le soir, pendant les années 80, je regardais souvent chez moi ces vidéo-clips, dont certains continuent de m'émerveiller lorsque je les retrouve sur Youtube.
Ainsi, ce Manchild, sur une belle chanson de Neneh Cherry (ici à droite), réalisé par Jean-Baptiste Mondino. Ce dernier a eu plusieurs idées de génie, comme celle de faire tanguer la caméra... alors que tout est filmé (puis rassemblé par incrustation) en apparence depuis une (virtuelle) caméra fixe, posée sur une paisible plage de sable fin. Du coup, les bords-cadre s'en trouvent valorisés, et je dirais presque érotisés. Ainsi, au début du clip, la chanteuse qu'on entend n'est pas encore dans le champ, elle fait peu après son entrée par la droite, avec un bébé dans les bras. A d'autres moments, une branche de cerisier avec deux cerises appétissantes – allusion certainement au nom d'artiste de la chanteuse suédoise, qui est celui de son beau-père, le grand trompettiste de jazz Don Cherry - apparaît dans le haut du cadre à gauche, ou plutôt c'est l'oscillation pendulaire qui semble la faire entrer dans le champ. Durant une partie du clip, une petite fille se balance derrière Neneh Cherry, sur une balançoire suspendue... au ciel, en tout cas hors du bord-cadre supérieur. Une autre fois, une paire de mains surgit en très gros plan par les côtés pour scander la mesure. Etc. C'est ce que j'appelle l'utilisation du bord-cadre comme « corne d'abondance » : tout semble pouvoir surgir de cette coulisse universelle du cadre. Ingmar Bergman s'en est souvent servi dans ses films, pour des effets de magie mais aussi de terreur : ainsi en 1975 dans son film-opéra sur La Flûte enchantée de Shikaneder/Mozart, mais aussi en 1977 dans L'Œuf du serpent. Il y a là-dedans, au-delà de ce que racontent les paroles (qui s'adressent à un homme en situation d'abandon), un plaisir ...
Pour une histoire impossible du cinéma, chapitre 4
7 juin 2026
La très belle Sean Young, habillée par Michael Kaplan et Charles Knode, éclairée de façon sublime par Jordan Cronenweth. Le film est Blade Runner, et il a été écrit par Hampton Fancher et David Peoples d'après un roman du génial Philip K. Dick, le réalisateur étant Ridley Scott. Il s'agit de la scène où, interrogé par Harrison Ford dans le rôle de Rick Deckard, son personnage, Rachel, passe un test du type questions/réponses, conçu pour détecter si elle est ou non une androïde. Ajoutons-y les sons électroniques de l'appareil détecteur et les voix des acteurs mixées de façon miraculeuse par Graham V. Hartstone, un grand artiste du son que j'ai eu l'honneur de rencontrer à Londres, dans le cadre de la School of Sound, où j'étais invité. Tous ces noms, faut-il absolument les mettre en concurrence les uns avec les autres pour savoir qui parmi eux est l'auteur de ce film de 1982 qui continue d'être dans mes Top Ten, et reste en mon cœur, je l'avoue, le préféré ? Une question oiseuse, selon moi, même si la politique des auteurs, consistant à réserver cette qualité au metteur en scène (une politique qui, excusez-moi chère Geneviève Sellier, ne date pas de la Nouvelle Vague Française comme vous le suggérez mais remonte à beaucoup plus loin : Griffith, Gance, Epstein, Eisenstein, Chaplin) a stimulé son histoire, et au lieu de l'appauvrir, a contribué à la diversifier.
De fait, la liste de mes dix films préférés que j'avais donnée en 2002 pour un référendum de la revue britannique Sight & Sound, ne contenait pas seulement des films d'auteurs/metteurs en scène reconnus comme tels. Qu'on en juge : ...